Innovation

L’innovation est un principe général lié aux capacités du cerveau humain et de la société à créer ou trouver des solutions nouvelles, qui se traduit notamment dans les domaines de la philosophie, de la sociologie1, de l’agriculture, des sciences2 techniques3 et de l’économie où il s’applique aussi aux activités micro-économiques marchandes. L’innovation existe aussi dans les secteurs non-marchands. C’est l’innovation sociale4 qui fait l’objet d’un article séparé aux entreprises de production, de prestations de service et de distribution dédiées à :

  • la mise sur le marché mondial de nouveautés, de produits et de services nouveaux ou significativement améliorés ;
  • l’adoption en leur sein d’une gestion de l’innovation, aussi basée sur des changements et des mesures internes améliorant5 leur efficacité et leur efficience.

Comprendre le concept d’innovation6 implique que l’on distingue bien le résultat concret (produit, service, procédé, etc.) de l’action d’innover, du processus abstrait qui permet de les réaliser.

Une innovation est une nouveauté sociale, un nouveau produit, un nouveau service 7 ou un nouveau bien qui a pu être implémenté8. Le champ d’appréciation de la nouveauté peut se faire au niveau de l’acteur économique (consommateur ou entreprise par exemples) et/ou au niveau du marché pertinent (marché géographique ou marché du produit). Les éléments que l’on cherche à apprécier pour matérialiser la nouveauté peuvent être, par exemples, l’apparence, les performances, l’ergonomie, la puissance, les fonctionnalités, etc..

Concrètement, une innovation9,10 — c’est quelque chose qui, produit ou reproduit en grand nombre et commercialisé ou déployé pour la première fois avec succès, a amélioré, changé, modifié, transformé ou révolutionné un secteur d’activité, une pratique sociale ou la vie d’un grand nombre d’individus, ceci le plus souvent de façon inattendue et inconsciente.

Au niveau national, vu son importance, l’innovation scientifique « industrielle » est souvent11 considérée comme un indicateur à suivre12 et à soutenir13 par une politique publique et une instance gouvernementale de haut-niveau, ministère ou secrétariat d’État, et, au niveau européen, l’objet d’un suivi permanent de la part de la Commission Européenne et de l’OCDE14,15.

Au niveau de l’entreprise, l’innovation dite « au-sens-large » est schématiquement du ressort de la recherche et développement, de la stratégie du management (du processus, du marketing (des nouveautés et des nouveaux produits et prestations), de la fabrication, de la logistique de la formation des prestataires, etc. quand ils sont effectués pour la première fois.

Sur le plan individuel, l’innovation est le fait de rompre avec ses habitudes, de faire quelque chose pour la première fois ou d’être le premier à le faire créativement. Elle se rapproche en cela de la créativité.

 

Histoire et étymologies du concept et du terme d’innovation

Histoire du concept d’innovation

Une histoire de l’idée d' »innovation »16 montre comment le sens de ce concept a évolué depuis les Grecs, Xénophon et Aristote. Ignoré des économistes classiques, il est introduit au sens principal d’innovation de procédé dans la pensée économique par Joseph Schumpeter au début des années quarante17 et au sens principal d’innovation produit au début des années cinquante par Peter Drucker. Ce dernier réinvente le mot et le concept, en en faisant un synonyme de progrès finalisé.

Étymologie du terme et histoire du concept

Il vient du mot latin innovare qui signifie « revenir à, renouveler ». Innovare quant à lui est composé du verbe novare de racine novus, qui veut dire « changer », « nouveau », et du préfixe in-, qui indique un mouvement vers l’intérieur.

Dans la terminologie juridique au Moyen Âge : « introduire quelque chose de nouveau dans une chose établie », d’où l’acception de renouveler. Jusqu’au xiie siècle, le mot désignait ce qui était jeune.

Vers le xvie siècle, le sens dérive vers ce qui est singulier, inattendu, surprenant. C’est à cette même période que le mot innover signifie faire preuve d’inventivité, créer des choses nouvelles, sens qu’il a encore en partie aujourd’hui. ». La connotation de ce concept n’a pas toujours été positive comme en témoigne l’interdiction en 1546 de l’innovation par Edouard VI d’Angleterre, pour protéger l’Etat du désordre et de la déviance18.

L’innovation, dans l’acception économique et moderne du terme, vient de l’américain innovation. Il été introduit dans la langue française dans les années cinquante et soixante par la traduction des ouvrages de management du consultant américain Peter DruckerLa Pratique de la direction des entreprises, que sera demain ?, etc. et de celle du livre de l’économiste autrichien naturalisé américain Joseph SchumpeterCapitalisme, Socialisme et Démocratie. Schumpeter avait introduit le mot en américain dans son Business Cycle (1939) sans aucune référence à un emploi antérieur, en faisant donc un néologisme auquel il donne plusieurs définitions au fil de l’ouvrage. Tous deux ont renouvelé l’étymologie originelle latine et le sens du mot.

Selon le chercheur B. Godin19qui étudie l’histoire de l’innovation, ce concept est devenu très populaire au cours du XXe siècle mais peu de gens ont examiné de façon critique les études produites sur l’innovation, y compris sur l’innovation technologique (pourtant étudiée depuis plus d’un siècle). Dès le début du XXème siècle, les anthropologues, sociologues, historiens et économistes ont commencé à produire des théories sur l’innovation technologique, souvent chacun de son cadre disciplinaire respectif. Mais depuis les années 1970, une vision et une compréhension plus économique est devenue « dominante » dans ce secteur qui ne considère plus l’innovation technologique que définie comme invention commercialisée. B. Godin cherche à comprendre ce glissement, décrit les origines de cette représentation et les formes de recherche à laquelle il a donné lieu. Il s’est aussi intéressé au fait que l’innovation est devenue l’objet de systèmes nationaux de soutien20. D’autres auteurs comme J. Rifkin voient dans l’Internet, l’open-source, l’open data, l’économie collaborative21 et le « pouvoir latéral » de nouvelles sources d’innovation pouvant déboucher sur ce qu’il appelle une « troisième révolution industrielle » et « La Nouvelle Société du coût marginal zéro ».

L’innovation est souvent aujourd’hui appréhendée par un modèle linéaire de progrès22 et n’exclut pas la copie de la nature (biomimétique) ou l’inspiration (du partage volontaire au plagiat éventuellement) à partir de ce que font les autres ou la concurrence23.

Sémantique de l’innovation

« Innovation »

C’est un mot qui renvoie aux produits, prestations, procédés, mesures, etc. innovants, c’est une ou des innovations concrètes et aux processus qui les ont permis, c’est l’innovation.

« Innover »

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« Innover » est un mot qui présente la particularité (comme deux auteurs l’avait déjà fait remarquer en 200424) d’être un verbe intransitif. On ne peut pas innover quelque chose. « Innover » est une action abstraite qui ne porte sur rien. Alors que l’on peut améliorer quelque chose.

Aussi proposaient-ils donc de définir l’innovation en partant de l’amélioration — une innovation est une amélioration significative et même, radicale et non l’inverse.

« Innovant »

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Les expressions dérivées

L’innovation est plus ou moins un buzzword, avec plus de quatre-vingt expressions composites dénombrées, dont par exemple : innovation ouverteinnovation participativeinnovation frugale, innovation inclusive, innovation incrémentale, innovation radicale, innovation révolutionnaire, innovation évolutive, innovation associative, innovation spasmodique, etc.

Les concepts proches

Nouveau produit, nouveauté, produit nouveau, produit innovant et innovation

Le Piaggio MP3 (2006). Un nouveau produit innovant

Le Vespa 946 (2013). Gadget, nouveau produit, nouveauté ou innovation ?

Ces cinq mots ou expressions sont le plus souvent employés l’un pour l’autre.

Par exemple, pour Emmanuelle Le Nagard-Assayag et Delphine Manceau dans Le Marketing de l’innovation (2011) dans un encadré consacré spécialement à ce problème (p. 12) les notions d’innovation et de nouveau produit sont très proches et « nouveauté » et « produit nouveau » , résultat de la démarche d’innovation, sont synonymes. Elles conviennent de désigner les biens et services novateurs commercialisés par les termes « innovation », « nouveauté » ou « produit nouveau » en employant ces mots de manière équivalente. Elles ne précisent pas la différence éventuelle entre un nouveau produit et un produit nouveau en précisant toutefois que les modèles successifs de Golf sont chaque fois un nouveau produit. Puis citent les enquêtes de GfK qui montrent que les nouveaux produits sont moins innovants qu’avant (encadré p. 14) ce qui conduit à penser qu’une innovation est un nouveau produit innovant (ou novateur) qui, commercialisé, a du succès.

Un nouveau produit

Produit qu’une entreprise ajoute à sa gamme. Il n’est pas nécessairement innovant. Par exemple : l’iPad mini.

Une nouveauté

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Les plus récents ou les derniers nouveaux produits d’une entreprise.

Une innovation et une invention

Super cocotte décor SEB, 1973 : corps en aluminium, laque en polyamideembossé, étrier en acier inoxydable.

Le concept d’invention est très proche de celui d’innovation, mais distinct : une innovation est construite sur une invention, mais toute invention ne donne pas lieu à une innovation.

Denis Papin a inventé l’autocuiseur en 1679 avec son digesteur, sans l’exploiter commercialement ; SEB a lancé en 1953 sa Cocotte-Minute sur le marché français avec un succès (innovation).

Alistair Pilkington a inventé le procédé de fabrication du verre plat sur bain d’étain (procédé float), innovation technologique majeure qui a révolutionné l’industrie du verre. Le procédé float est une invention, son adoption par l’industrie du verre est une innovation.

La distinction majeure est qu’une invention est la concrétisation isolée d’une idée créative, alors qu’une innovation est un nouveau produit introduit avec succès sur un marché.

Une innovation ne se protège pas : c’est la ou les inventions sous-jacentes qui sont brevetées.

Une « amélioration » vs. une innovation

1984. La première souris d’Apple et ses améliorations successives

Harley-Davidson, 100 ans d’améliorations sans véritables innovations sinon celle du moteur Porsche.

Harley-Davidson, fondée en 1903, n’a jamais vraiment innové. Mais d’amélioration en amélioration, face à Honda et à sa Gold Wing, la marque est encore là. On oppose souvent le kaizen, amélioration continue interne, à l’innovation de rupture. En fait, ce sont les deux pôles d’un continum (discontinu).

Statu quo Amélioration incrémentale Innovation incrémentale Amélioration 50 % Amélioration 75 % Amélioration radicale
Ancien produit Fausse innovation Produit amélioré Nouveau produit Innovation Innovation de rupture

L’innovation et la créativité

L’innovation et la créativité sont souvent associées.

La créativité est un processus intellectuel ou psycho-sociologique, individuel ou en petit groupe, qui produit des idées, des concepts, d’innovation.

L’innovation est un processus entrepreneurial ou managérial qui produit et commercialise des innovations concrètes.

D’après Marc Giget, créateur et animateur des Mardis de l’innovation, « l’innovation est un phénomène aux facettes multiples, qui s’intègrent en une synthèse créative. Entre le monde des connaissances et des technologies, riche de multiples potentialités, et celui des attentes très vastes de la société, la phase de conception est un instant magique où la vision et le projet se concrétisent en une proposition, fruit de la sensibilité, de l’imaginaire et de l’inspiration du créateur ».

Innovations génériques et innovations spécifiques

On qualifie souvent par erreur des inventions comme celle de l’automobile d’innovation (de rupture).

Innovations génériques

En économie politique (Joseph Schumpeter, etc.), en sociologie (Everett Rogers, etc.) et en économie (l’OCDE et son Manuel d’Oslo), le concept d’« innovation » se réfère à de plus ou moins « grandes » innovations, innovations « génériques » comme l’automobile, le stylo à bille, la machine à laver le linge, les couche-culottes jetables, le four à micro-ondes, la photographie numérique, le GPS, les conteneurs et les porte-conteneurs, les jeux vidéo, le téléphone mobile, la liseuse, le smartphone, la tablette, etc.

Elles sont l’équivalent actuel des « grandes » inventions d’hier et correspondent à des nouveaux secteurs d’activité, marchés ou à des catégories de produits. Ce sont de nouvelles catégories générales de biens et de services. Elles sont le plus souvent qualifiées d’« invention ». Elles correspondent à des secteurs économiques d’activité (en anglais : industry), comme, par exemple, l’industrie vidéoludique. Elles sont le résultat, au départ d’une innovation spécifique, et, ensuite, de plusieurs innovations spécifiques.

Innovations spécifiques

En stratégie d’entreprise et en marketing-management (Théodore LevittPhilip Kotler27, etc.), le concept d’« innovation » se réfère à des innovations « spécifiques », concrètes, qui sont des offres commerciales, des produits, des services, des procédés, etc. innovants, c’est-à-dire qui apportent — ou permettent — pour la première fois au marché quelque chose que n’apportaient — ou ne permettaient pas — les offres commerciales existantes.

Les innovations spécifiques sont des produits, services, etc. concrets lancées ou commercialisées par des entreprises existantes ou des entreprises ad-hoc créées par des innovateurs pour les lancer ou les mettre en œuvre.

Ces nouveaux produits vont être, suivant leur degré d’innovativité, de nouveauté, et d’avantage compétitif hors-prix, de « fausses » innovations, gadgets, produits « me too », nouveautés, nouveaux modèles ou nouveaux produits jusqu’aux innovations innovantes, les « vraies » innovations comme la Ford T (1910), la 2 CV (1948), la DS (1955), le Bic Cristal (1950), les Pampers de Procter & Gamble (1961), le système Nespresso de Nestlé (1988), l’iPhone d’Apple, Wikipedia, la Kindle d’Amazon, l’iPad, etc.

Ce sont elles qui justifient la mise en place d’un management de l’innovation et l’adoption d’un processus d’innovation.

Innovation et compétitivité

L’innovation est un facteur clé de la compétitivité, compétitivité hors-prix et compétitivité par les prix. Selon The Global Competitiveness Report 2012-2013, rapport du Forum économique mondial, l’innovation, définie comme la capacité à innover, est un des douze piliers de la compétitivité nationale28.

Au niveau de l’entreprise, elle permet une compétitivité hors-prix par l’inclusion d’avantages compétitifs dans son offre.

Compétitivité hors-prix

La « compétitivité hors-prix » consiste à faire valoir des avantages compétitifs décisifs – autres que le prix de vente – pour l’acheteur et le consommateur potentiel. Elle repose sur la capacité d’innovation et l’amélioration constante de la productivité et de la qualité.

Cette forme de compétitivité entraîne généralement une hausse des prix de vente des biens ou services de l’entreprise, mais incite les consommateurs désireux d’une meilleure qualité, qui veulent « monter en gamme », à acheter ses produits. En général, le taux de marge est plus élevé pour les produits les plus coûteux.

Innovation et durabilité (soutenabilité)

Selon Ram Nidumolu, C.K. Prahalad et M.R. Rangaswani, la durabilité est un facteur clé d’innovation29. En effet :

  • l’atteinte d’objectifs de respect de l’environnement peut baisser les coûts et augmenter les revenus ;
  • dans l’avenir, seules les entreprises qui font du développement durable un objectif obtiendront des avantages compétitifs, ce qui signifie repenser les modèles économiques, les produits, les techniques, et les processus ;
  • devenir durable est un processus en cinq étapes, et chaque étape comporte ses propres défis.

Philippe Bihouix et Benoît de Guillebon ont effectué avec l’association des centraliens une analyse approfondie des effets de l’innovation technique sur la consommation des métaux. La recherche de rendement et d’efficacité dans le développement des produits électroniques, des technologies de l’information et de la communication et de l’aéronautique a conduit à une surconsommation de métaux de toutes sortes depuis les années 1970. Ils concluent que pour rendre nos sociétés réellement durables, « il faudra sérieusement les orienter vers l’économie de ressources à moyen terme plutôt que vers la recherche de profit à court terme ». Toutes les parties prenantes devront être impliquées : le grand public, l’administration, les pouvoirs politiques, les entreprises et les experts techniques, pour parvenir à la transformation de notre modèle30.

Innovation et sérendipité

1980. Le Post-it. Une preuve que l’innovation nécessite une organisation agile favorisant la rencontre. Le post-it est un exemple d’innovation inattendue, conçue par accident et commercialisée en dehors d’un processus traditionnel de création de nouveau produit

Pour Peter Drucker, Alan Robinson & Sam Stern, Mark de Rond, etc., la sérendipité est la première source d’innovation. La sérendipité est un ingrédient essentiel des processus d’innovation dans le sens où les innovations viennent souvent des rencontres imprévues entre différents acteurs.

Les consultants d’entreprise Alan Robinson et Sam Stern ont effectué une enquête31 « Comment les innovations surgissent vraiment dans les entreprises ? ».

Le quatrième clé : la sagacité dans les heureuses coïncidences (Serendipity). Ils analysent en particulier le processus de la découverte du Téflon par Roy Plunkett, celle de son application par Bob Gore (Gore & Associates), le nylon, Nutrasweet, Canon et la technologie du Bubble-Jet.

Pour eux, comme pour Walter Cannon, la sérendipité se produit lorsque des accidents favorables arrivent à des individus perspicaces. C’est la conjonction d’un évènement imprévu et de la sagacité de l’observateur qui fait la découverte par sérendipité. Il y a trois façons pour une entreprise de la promouvoir :

  1. Accroître la fréquence des coïncidences qui pourraient s’avérer fécondes en encourageant un penchant pour l’action, le bricolage, le travail de recherche empirique ;
  2. Améliorer la prise de conscience des accidents qui se produisent ;
  3. Étendre le champ de sagacité de l’entreprise pour provoquer un plus grand nombre de coïncidences heureuses.
Faire la liste de tout le personnel avec, en regard de chaque nom, ce que chacun sait des opérations de l’entreprise et que personne d’autre ne sait.

Procter & Gamble en ont fait un des éléments clés de leur politique d’innovation ouverte.

On peut valoriser la sérendipité en entreprise de plusieurs façons32,33 : créer les conditions de la sérendipité, par exemple en mettant en place des lieux de rencontre entre acteurs qui ne se côtoient généralement pas dans le quotidien, peut être un facilitateur d’innovation34.

Les classifications des innovations

On doit distinguer :

  • les innovations entrepreneuriales
  • les innovations sociales

Source Wikipedia